De l'influence des séries télé sur les jurés américains

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WASHINGTON (Reuters) - Habitués aux méthodes scientifiques sophistiquées utilisées dans les séries judiciaires télévisées, les jurés américains ont du mal à se satisfaire des éléments ordinaires présentés par les procureurs.

Cette tendance, médias et milieux judiciaires la désignent sous l'expression d'"effet CSI", du nom d'une série populaire diffusée par CBS.

Alice Martin, procureur fédérale en Alabama, lui attribue partiellement son échec dans le procès perdu contre Richard Scrushy, fondateur de l'entreprise HealthSouth Corp poursuivi pour fraudes boursières et manipulations des documents comptables de son groupe spécialisé dans la santé.

Son acquittement, en juin dernier, a été analysé comme un revers pour la justice fédérale dans sa lutte contre les malversations dans le monde de l'entreprise.

Dans des entretiens accordés depuis leur verdict, rapportait récemment Alice Martin, des jurés ont expliqué qu'ils avaient "besoin d'empreintes digitales sur des documents ou d'entendre Scrushy prononcer le mot 'fraude' sur une cassette audio" enregistré à son insu par un ancien cadre dirigeant de l'entreprise.

"Ils ont dit qu'il y avait toujours des empreintes digitales à la télé", a ajouté la procureur lors d'un colloque sur la criminalité en col blanc organisé à l'université Georgetown de Washington.

David Anders, procureur adjoint à Manhattan ayant participé aux poursuites contre l'ancien PDG de WorldCom, Bernard Ebbers, et l'ancien banquier Frank Quattrone, confirme.

"L''effet CSI' ne nous réjouit pas", dit-il en expliquant que dans ce genre d'affaires, les procureurs étayent généralement leurs accusations par des preuves arides (échanges volumineux de courriers électroniques, documents comptables complexes).

Rares sont les procès de ce type qui ressemblent aux affaires scénarisées dans "CSI" ou d'autres séries du même genre, où les enquêteurs sont des experts suréquipés de la police scientifique capables de reconstituer des meurtres sur la seule base de traces de sang relevées sur les lieux du crime.

Pour l'avocat new-yorkais Gerald Lefcourt, la justice doit garder à l'esprit que les jurés, particulièrement ceux âgés d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années, sont largement influencés par ce qu'ils voient à la télévision.

"Ce sont des jeunes gens qui d'une manière générale ont grandi avec la télévision. Le temps des avocats plaidant sur un ton monotone est révolu. Les jurés d'aujourd'hui, principalement les jeunes, attendent de la vivacité et des éléments qu'ils puissent voir", dit-il.

 

http://fr.news.yahoo.com/050926/290/4lq81.html

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