Se loger coûte très cher aux Français modestes

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Par Cécile Crouzel
17/11/2010 | Mise à jour : 10:10
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Vue aérienne de la ville de Drancy. En dix ans, les loyers des foyers les plus modestes ont augmenté de 42 % et de seulement 28 % pour les autres ménages.
Vue aérienne de la ville de Drancy. En dix ans, les loyers des foyers les plus modestes ont augmenté de 42 % et de seulement 28 % pour les autres ménages. Crédits photo : BERTRAND GUAY/AFP

L'Insee dans son étude «France Portrait social» s'est attaché à mesurer la qualité de vie des Français. Résultat, avec ces critères, 22 % des adultes ont été pauvres une fois entre 2004 et 2007. 

On peut avoir des revenus corrects et pourtant vivre inconfortablement, par exemple dans un logement trop exigu en région parisienne. C'est pourquoi l'Insee s'est penché cette année sur la question de la qualité de vie des Français dans son étude «France Portrait social».

Pour mesurer scientifiquement cette qualité de vie, les statisticiens se sont appuyés sur des indicateurs très concrets : l'état du logement (bruyant ou pas, bien chauffé ou pas…), l'alimentation (manger de la viande tous les deux jours…), les privations (comme l'absence d'accès à Internet ou de départ en vacances…), la fréquence des découverts bancaires… Ont également été pris en compte l'état de santé, les diplômes, la dureté du travail, le risque de perdre son emploi ou d'être victime de vols, de violence. Et l'Insee y a ajouté des critères humains comme les contacts avec la famille, les amis, la participation à des associations.

Sans surprise, le quart de la population aux revenus les plus bas a un risque 53 % supérieur à la moyenne d'avoir une qualité de vie dégradée. Bref, la pauvreté «monétaire» et la mauvaise qualité de vie vont de pair. Plus inquiétant, 22 % des adultes ont été une fois entre 2004 et 2007 «pauvres en condition de vie», c'est-à-dire pauvres selon les critères de qualité de vie. Néanmoins, seulement 4 % des personnes l'ont été quatre ans d'affilée. La pauvreté est donc assez souvent transitoire. C'est le cas par exemple pour les jeunes ménages avec enfants.

Dérapage des loyers 

L'Insee pointe un autre phénomène : les Français qui perçoivent peu de salaires en une année sont souvent ceux qui n'ont pas travaillé à temps plein, notamment parce qu'ils ont été à temps partiel ou parce qu'ils ont traversé une période de chômage. Le quart des salariés les moins bien payés ne gagne sur une année que 73 % d'un smic annuel.

Le temps de travail est un grand facteur d'inégalités, qui sont corrigées en partie par les politiques sociales. Le rapport de niveau de vie entre les 20 % les plus aisés et les 20 % les plus modestes passe de 7,4 avant redistribution à 3,8 après.

Ces transferts n'empêchent pas les inégalités en matière d'habitat de se creuser. En 2006, le coût du logement (loyers, charges, remboursements d'emprunt diminués des allocations) a absorbé 39 % du budget des ménages à faibles ressources, contre 27 % en moyenne nationale. Il faut dire qu'en dix ans, les loyers des foyers les plus modestes ont augmenté de 42 % et de seulement 28 % pour les autres ménages ! L'amélioration de la qualité des logements (surface, chauffage…) est loin d'expliquer toute cette hausse. Il y a bien eu un dérapage des loyers en France ces dernières années.

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