Nouveau tour de passe-passe du pouvoir nord-coréen

Publié le par AlterMan

NUCLÉAIRE Les pourparlers ont repris hier à Pékin

Pékin : de notre correspondant Jean-Jacques Mével
[14 septembre 2005]

 

Kim Jong-il, maître à penser de 23 millions de Nord-Coréens partagés entre la famine et le déclin, est accessoirement un illusionniste : à grand fracas depuis Pékin, il a entrepris hier de transformer ses bombes atomiques en électricité, forme d'énergie qui manque le plus cruellement au dernier «Paradis des travailleurs».


Le Cher Dirigeant s'est gardé de faire lui-même le voyage en Chine, déléguant la démonstration à un proche, le vice-ministre des Affaires étrangères Kim Kye-gwan. Il ne s'agit pas non plus d'un coup de baguette magique, mais plutôt d'un tour de passe-passe : la Corée du Nord serait disposée à démanteler la demi-douzaine de bombes nucléaires dénombrées par la CIA, mais uniquement en échange de deux réacteurs civils à eau légère de 1 000 mégawatts chacun.


Pour la quatrième fois en deux ans, la Corée communiste a retrouvé hier à Pékin ses cinq interlocuteurs des «Pourparlers à six». Cette session, précédée de plusieurs contacts directs entre Américains et Nord-Coréens, s'est ouverte sans échéance fixée d'avance. Mais le marché proposé par le petit Staline de Pyongyang risque de ne pas faire plus qu'un simple tour de piste.


Les Cinq sont acquis au principe du démantèlement de l'arsenal atomique nord-coréen en échange de garanties de sécurité et d'une assistance économique. Mais ni la Chine, ni la Russie, ni la Corée du Sud n'entendent risquer leur crédit en offrant, finançant ou construisant des réacteurs civils pour Pyongyang. Quant au Japon et surtout aux Etats-Unis, ils s'opposent à ce que le régime de Kim Jong-il reste doté d'un quelconque laboratoire nucléaire, fût-il civil.


La distance qui sépare Pyongyang de Washington se résumait hier à un échange indirect entre Kim Kye-gwan et le secrétaire d'Etat Condi Rice. S'embarquant pour Pékin, le premier proclamait le droit de la Corée du Nord à mener des activités nucléaires pacifiques, «droit qui n'est pas une récompense et n'a besoin de l'approbation de personne». La seconde, interviewée par le New York Times, maintenait que des relations normales avec les Etats-Unis passent nécessairement «par l'abandon des armes et du programme nucléaires» relancés par Kim Jong-il.


Nul doute que la Corée du Nord manque désespérément d'énergie, en dépit des livraisons de pétrole de la Chine, alliée chaque jour plus réticente. Les pénuries d'électricité expliquent la paralysie progressive d'une industrie qui rivalisait avec la Corée du Sud au début des années 1980.


La question est de savoir si la construction de réacteurs est une réponse adéquate alors que Kim Jong-il a déjà trompé son monde dans les années 1990, en camouflant son arsenal atomique derrière un programme nucléaire civil auquel participaient les Européens.


De nombreux experts doutent de la sincérité de Pyongyang, relevant que le réseau à haute tension nord-coréen, totalement délabré, est incapable de supporter dans un avenir prévisible la charge et la centralisation qu'imposeraient un ou plusieurs réacteurs nucléaires. L'impression que le régime de Kim Jong-il cherche une excuse pour ne pas désarmer se trouve confirmée par le silence obstiné qu'il oppose à la Corée du Sud, lorsque celle-ci offre de fournir jusqu'à 2 000 mégawatts d'électricité à travers la frontière, soit l'équivalent de la production du Nord.

 

http://www.lefigaro.fr/international/20050914.FIG0167.html?120137

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