Washington fait la loi en Norvège

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par Salim Lamrani*

Un scandale secoue la Norvège : un hôtel a refusé de recevoir des clients au motif de leur nationalité. Ce comportement discriminatoire tombe sous le coup de la loi pénale norvégienne, mais la chaîne d’hôtel, dont le siège social est domicilié aux États-Unis, déclare se conformer à une loi états-unienne. Une affaire qui n’est pas sans rappeller celle qui a opposé le système bancaire Swift à la loi belge. Désormais, les États-Unis imposent leurs lois partout en Europe occidentale.



Loin d’être une « simple question bilatérale » comme l’affirme Washington, les sanctions économiques que les États-Unis imposent à Cuba ont une portée mondiale. Au début du mois de janvier 2007, suite à une injonction du département du Trésor étasunien, l’hôtel Scandic Edderkoppen d’Oslo a refusé de louer des chambres à une délégation cubaine de 14 membres venue participer au Salon du tourisme de Lillestroem à 40 kilomètres de la capitale [1].

La chaîne de 140 établissements, qui a été rachetée en mars 2006 par la multinationale étasunienne Hilton Hotels, a expliqué qu’en vertu de la loi Helms-Burton votée par le Congrès étasunien en 1996, il lui était interdit de faire du commerce avec tout ressortissant cubain. « Nous sommes propriété du groupe Hilton des Etats-Unis et nous appliquons leurs décisions », s’est borné à répondre Geir Lundkvis, le directeur administratif des hôtels Scandic en Norvège [2].

Ce n’est pas la première fois que l’administration Bush inflige une profonde meurtrissure à la souveraineté d’une autre nation. Le 3 février 2006, une délégation de 16 fonctionnaires cubains, réunie avec un groupe de chefs d’entreprise étasuniens, avait été expulsée de l’hôtel Sheraton María Isabel de la capitale mexicaine, en flagrante violation du droit international [3].

Christina Karlegran, porte-parole de la multinationale Hilton & Scandic, a affirmé que l’établissement appartenait à une entreprise étasunienne et que, par conséquent, elle était sujette aux restrictions imposées par les sanctions économiques contre Cuba. « Nous devons respecter la loi étasunienne », s’est-elle justifiée, oubliant que la loi d’un pays ne peut pas s’appliquer sur le territoire d’une autre nation [4].

Cette affaire a suscité un tollé général en Norvège. Le Syndicat norvégien des employés municipaux et généraux (Norwegian Union of Municipal and General Employees), fort de 300 000 membres, a annoncé qu’il boycotterait désormais les hôtels Scandic. « Nous sommes déjà en train de chercher d’autres hôtels pour nos conférences », a informé Anne Grethe Skaardal, son secrétaire général. « Pour nous, il est inacceptable que les États-Unis imposent leurs diktats au monde. De plus, nous sommes fermement opposés au boycott des Etats-Unis contre Cuba », a-t-elle souligné [5].

La Confédération des syndicats du commerce, la corporation la plus importante du pays qui compte 830 000 affiliés, a exigé du gouvernement qu’il « prenne des mesures pour que les entreprises comme Scandic – qui respectent le boycott et le blocus illégal des États-Unis et non les lois norvégiennes – ne puissent plus opérer en Norvège [6] ». En guise de réponse, la chancellerie s’est limitée à faire une déclaration appelant les entreprises à respecter les lois de la nation [7].

Le Centre antiraciste d’Oslo a déposé une plainte contre la compagnie pour discrimination raciale. En effet, selon Henrik Lunde, son porte-parole, « la loi stipule que personne ne peut se voir interdire l’accès en raison de sa citoyenneté ou de son origine ethnique ». « Les entreprises étrangères qui s’établissent en Norvège doivent respecter les lois norvégiennes », a-t-il précisé [8].

Washington applique désormais ses lois en Europe, foulant à ses pieds le principe de non extraterritorialité et faisant preuve d’un mépris manifeste à l’égard de la souveraineté de la Norvège. L’administration Bush n’a aucun scrupule à bafouer les bases fondamentales du droit international, à plonger dans l’embarras des gouvernements alliés et à infliger une humiliation à leurs peuples. Tout cela au nom d’un fanatisme irrationnel à l’égard d’une petite nation de 11 millions d’habitants.

Ce récent scandale illustre la portée intolérable des sanctions économiques que subissent les Cubains depuis près d’un demi-siècle. Par crainte de froisser l’administration Bush, l’Union européenne est – une nouvelle fois – restée silencieuse au sujet de cette grave violation de la dignité d’une nation. Washington règne ainsi en maître incontesté au niveau international car, malheureusement, l’Union européenne est une entité politique inexistante à ses yeux.

Salim Lamrani
Profesor de espanol y joven investigador en la Universidad Denis-Diderot de Paris
http://www.voltairenet.org/article144777.html

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