Le danger des machines à voter

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Stoppons les machines !

Les machines à voter présentent toutes des failles de sécurité

Après Diebold, Nedap... Les failles de sécurité des machines à voter sont démontées une à une, venant apporter, preuve après preuve, de l'eau au moulin de leurs détracteurs toujours plus nombreux. Quelques 1200 machines, agréées par le ministère de l'Intérieur (des modèles Nedap, ES&S et Indra), sont en fonctionnement dans les mairies françaises (si on estime le nombre moyen d'électeur par machine à un miller, cela concerne quelques 1,2 millions d'électeurs en France). Or, cet agrément ne peut plus avoir valeur de blanc-seing, derrière lequel élus et agents administratifs se retrancheraient comme derrière un bouclier. Les preuves scientifiques qui s'accumulent invalident et décrédibilisent l'idée même de machine à voter.

Il est temps de stopper ces machines. D'arrêter leur homologation, de retirer l'agrément, de suspendre les subventions qui permettent aux villes de s'équiper et de les mettre au rencard. Et ce, avant les élections de 2007, pour ne pas nous retrouver comme la Hollande actuellement, sous le coup d'un scandale d'autant plus épineux que les Hollandais sont à une semaine d'élections générales et que 90 % d'entre eux votent avec ces machines.

Pourtant, ne nous y trompons pas, nous avons besoin de machines pour faciliter nos processus démocratiques, pour les rendre plus fluides, plus naturels, plus fréquents... Les machines à voter sont utiles. Elles permettent de gagner du temps, de faciliter les procédures, d'économiser sur les coûts d'installation, d'impression et de traitement. Mais elles doivent être des machines aussi transparentes que les urnes de la République. Ne pensons pas une seconde que les machines qui vont être demain retirées des bureaux de vote seront la preuve supplémentaire que nos élus doivent faire de la politique sans consulter leurs concitoyens. Au contraire. C'est l'action citoyenne d'individus éclairés et lucides (comme François Nonnenmacher, Chris Perrot, Pierre Muller du Recul-Démocratique, Bernard Lang et François Pellegrini pour ne citer qu'eux) qui nous montrent, une fois de plus, que la fiabilité absolue de ces machines est une condition sine qua non à leur acceptation. Ce sont des citoyens eux-mêmes qui nous rappellent les standards auxquels ces machines doivent répondre.

Elles doivent, hier comme aujourd'hui, garantir le secret vis-à-vis des autorités tout en garantissant la confiance vis-à-vis de l'électeur. On ne peut pas troquer un système dans lequel quiconque peut vérifier la validité du vote contre un système opaque ou seule une poignée d'experts peut certifier qu'un vote est fiable.

La Cnil, comme le Conseil de l'Europe, les experts comme de nombreux citoyens, proposent pourtant depuis plus de 2 ans des recommandations simples à mettre en oeuvre, dont il faut rappeler les deux principales concernant les machines à voter (et pas le vote en ligne qui pose en tant que tel d'autres questions) :

  • que les machines fournissent une trace papier du vote, afin qu'un double enregistrement soit fait et que le votant puisse contrôler que la machine a bien voté comme il le lui a demandé. L'impression doit permettre de suivre le bulletin jusque dans l'urne.
  • que le socle technique de la machine et du logiciel se conforme aux principes de l'open source afin que tout un chacun puisse en contrôler le fonctionnement. Le but est de permettre aux pouvoirs civils d'auditer et de contrôler à tous moments les algorithmes de fonctionnement.

Nos machines doivent atteindre le niveau de transparence et de confiance que l'on a aujourd'hui dans nos bulletins papiers et dans le décompte manuel et citoyen. Pour cela, il suffit de mesures simples et efficaces qui nous permettent de conserver la maîtrise de ces machines et de garder un oeil sur leur fiabilité.

En attendant de relever ce défi - qui porte en lui une haute idée de la démocratie, qui pourrait être une belle image des principes qui fondent notre pays et qui est aussi un marché potentiel, rappelons-le -, ce qui est certain, c'est qu'aucune administration ne peut continuer à acheter ces machines. Aucun citoyen ne peut envisager de les utiliser. Il est temps de faire preuve de discernement. Si nous voulons des machines, alors qu'elles répondent à ce que nous voulons qu'elles fassent, plutôt qu'elles ne votent à notre place. Gardons le contrôle.

Hubert Guillaud



La récente conférence organisée par le CalTech et le projet de vote technologique du MIT sur le sujet de l'identification du votant a rappelé, une fois encore souligne CNet, l'ornière dans laquelle est enlisée le débat : trouver un standard qui permette à la fois de garantir le secret vis-à-vis des autorités et la confiance vis-à-vis de l'électeur.

USA - Piratage des machines à voter : démonstration

Le concept du vote électronique n'est pas toujours très bien accueilli en France, mais il est bien ancré aux Etats-Unis, ce qui rend cette info si sensible. Des hakers ont démontré la possibilité de remplacer en quelques minutes la mémoire CompactFlash de l'ordinateur à voter par une autre, faisant booter la machine dessus et éxécutant un virus.

Problème, le malware permet de voler des voix de manière invisible, et peut contaminer d'autres machines en réseau sur le même district. Or ces appareils sont portables et peuvent être amenées aux domiciles des responsables juste avant les élections. De plus, il n'y a pas de documentation sur leur fonctionnement interne et peu de traces papiers.

DieBold, créateur du système, a utilisé la justice pour éviter des audits de sécurité et muselé les critiques. Des solutions ouvertes et documentées car OpenSource existent mais la société refuse toute discussion. Le débat contestataire sur les résultats tendancieux des présidentielles Bush / Al Gore pourrait bien refaire surface.

Article mis en ligne le 18/10/06
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Réactions, témoignages et compléments d'informations à cet article

Pour aller plus loin :

Sources :

<logo - http://www.onnouscachetout.com/themes/societe/stoppons-les-machines-a-voter.php>

Je rappelererai une phrase de Staline :
"Il est déja bien suffisant que les gens sachent qu'il y a eu une élection. Les gens qui votent ne décident rien. Ce sont ceux qui comptent les votes qui décident de tout."

no more comment...

Commenter cet article

Pierre Vandeginste 08/11/2006 12:46

@laga (pas sûr de l'orthographe, le caractère est si petit…)Entièrement d'accord avec ces remarques. Mais ai-je dit le contraire ?J'ai toujours professé que les technologies ne sont ni bonnes ni méchantes. Mais là n'est point du tout la question. Ici la question est : quelle technologie est "adaptée" au problème ?En tenant compte, évidemment, de tout le ocntexte. Social, culturel…L'une des données essentielles est que l'informatique, par ailleurs, a déjà été désastreusement appliquée, de telle manière que le citoyen ne peut que douter fortement de notre capacité à rendre "transparente" une machine à voter. Plus simplement, le citoyen connaît trop mal cette technologie pour lui faire confiance. Et le simple fait que l'on ait déjà installé des machines à voter un peu partout sans avoir jamais songé à poser le problème du logiciel ouvert, sans avoir jamais mis en place les mécanismes de contrôle absolument nécessaires, montre que, une fois de plus, nos politiques décident en parfait ignorance de cause. C'est banal dès qu'il y a de la technologie quelque part. Les marchands vendent leur soupe aux politiques, ils achètent, le pire étant qu'ils ont souvent l'impression d'avoir compris.

AlterMan 15/11/2006 11:06

Bonjour Pierre,non vous n'avez pas dis le contraire...  Nous sommes même apparemment complétement d'accord...Hormis sur un point : pensez vous que les commanditaires n'y comprennent rien ? Je pense que la majorité, oui, mais surtout que certains, non, sachant comment ils vont pouvoir 's'en servir'.Bref je ne les prends pas pour des idiots... alors qu'eux nous prenne pour...ps : au fait c logo (LOGO ) ;) mais y'a pas de soucis :)

Pierre Vandeginste 04/11/2006 22:08

Pour moi, il n’y a pas de bonne et mauvaise machine à voter. Il n’y a que les machines déjà hackées et celles qui le seront bientôt.Il faut se mobiliser pour que ce genre de chose n’arrive pas en France, en Europe.L’informatique n’est tout simplement pas une technologie assez mûre pour que les citoyens - et ils sont seuls juges - puissent avoir confiance en elle. Tous les jours ils ont des preuves que la sécurité informatique est une science bien jeune. Ils voient même que c’est souvent les filous qui gagnent. Qui a gagné, pour le moment, les spammeurs ou les spammés ?La méfiance du citoyen de base envers l’informatique étant tout à fait justifiée, il est grotesque d’essayer de le rassurer. Un jour, peut-être, la technologie permettra de générer de la transparence, aujourd’hui elle produit surtout des boîtes noires.Or, ce dont la démocratie a besoin, c’est d’urnes transparentes, pas de boîtes noires. C’est un informaticien, passablement technophile par ailleurs, qui parle.

logo 06/11/2006 09:48

Bonjour Pierre,ton propos me semble très "à propos" ... étant moi-même dans l'informatique.Une petite nuance toutefois : pour moi l'informatique n'est qu'un outil et en ce sens elle subit les ordres qu'on lui donne...Bref, si tu te tapes sur les doigts avec un marteau, est ce la faute du marteau ? ;)Mais il est vrai que toutce qui est fait par l'homme peut être cassé par l'homme... no more comment et bonne journée