Préparation d'une guerre nucléaire ?

Publié le par AlterMan

tiré de http://www.onnouscachetout.com/themes/nom/preparation-d-une-guerre-nucleaire.php

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Par Michel Chossudovsky, le 3 janvier 2006

Nota : Michel Chossudovsy est l'auteur du best-seller international "The Globalization of Poverty" (titre français: "La Mondialisation de la pauvreté") qui a été publié en 11 langues. Il est professeur d'économie à l'Université d'Ottawa et directeur du "Center for Research on Globalization" (www.globalresearch.ca). Il collabore également à l'Encyclopaedia Britannica. Son dernier ouvrage est intitulé "America's War on Terrorism" (Global Research, 2005).


« La préparation d'une véritable guerre contre l'Iran, au cours de laquelle il serait fait usage d'ogives nucléaires, est entrée dans sa phase finale. Les partenaires de la coalition, qui comprend les États-Unis, Israël et la Turquie, sont dans un état de préparation avancé. Divers exercices militaires sont effectués depuis le début de 2005. De leur côté, les forces armées iraniennes se sont livrées, en décembre 2005, à d'importantes manoeuvres dans le golfe persique en prévision d'une attaque soutenue par les États-Unis. Depuis le printemps 2005, on assiste à une intense navette diplomatique entre Washington, Tel-Aviv, Ankara et le quartier général de l'OTAN à Bruxelles.

Parmi les derniers événements, il faut mentionner le fait que le directeur de la CIA, Porter Goss, lors d'une mission à Ankara, a demandé au premier ministre turc Recep Erdogan un soutien politique et logistique en vue du bombardement de cibles nucléaires et militaires iraniennes. Goss aurait également demandé que les services secrets turcs collaborent de manière particulière à la préparation et à la supervision de l'opération.

Peu de temps avant son attaque cérébrale, Ariel Sharon avait, quant à lui, donné à l'armée israélienne le feu vert pour commencer les attaques fin mars 2006. Tous les hauts responsables israéliens estimaient alors que la fin mars serait une bonne date pour une attaque militaire contre l'Iran, car c'est à cette date que l'AIEA doit remettre à l'ONU son rapport sur le programme d'énergie nucléaire de l'Iran.

Le projet militaire soutenu par les États-Unis a été approuvé par l'OTAN mais on ne connaît pas encore les modalités de la participation de l'Alliance aux attaques aériennes.

Les différents aspects de l'opération militaire relèvent tous du commandement américain et sont coordonnés par le Pentagone et le quartier général de l'US Strategic Command sur la base aérienne d'Offutt dans le Nebraska. Les opérations annoncées par Israël doivent être menées en étroite collaboration avec le Pentagone. La structure de commandement est centralisée et c'est Washington qui décidera in fine de leur déclenchement.

Des sources militaires américaines ont confirmé que l'attaque de l'Iran impliquera un important déploiement de forces semblable au bombardement «shock and awe» (choc et effroi, choquer pour inspirer le respect) de l'Irak en mars 2003.

Les stratèges militaires pourraient dresser une liste de cibles en fonction des préférences du gouvernement américain, en limitant les attaques aux installations les plus importantes... Ou bien les USA pourraient opter pour un nombre beaucoup plus important de frappes dirigées contre un vaste éventail de cibles.

Consensus en faveur d'une guerre nucléaire

Au sein de l'Union Européenne, aucune personnalité politique ne s'est opposée à la perspective de frappes nucléaires contre l'Iran. Des consultations entre Washington, Paris et Berlin sont en cours. Contrairement à l'invasion de l'Irak, qui fut refusée par la France et l'Allemagne au plan diplomatique, Washington a obtenu un consensus au sein de l'OTAN de même qu'au Conseil de sécurité.

Ce consensus concerne également une guerre nucléaire qui pourrait affecter une grande partie du Proche-Orient et de l'Asie centrale. De plus, un certain nombre de pays arabes limitrophes sont aujourd'hui des partenaires tacites du projet militaire américano-israélien. En novembre 2004, les plus hauts commandants de l'armée israélienne ont rencontré, au quartier général de l'OTAN à Bruxelles, leurs homologues des six pays riverains de la Méditerranée : Égypte, Jordanie, Tunisie, Maroc, Algérie et Mauritanie. Un protocole d'accord entre l'OTAN et Israël a été signé.

Les «frappes chirurgicales» seront présentées à l'opinion mondiale comme un moyen d'empêcher l'Iran de fabriquer des armes nucléaires. On nous dit que ce n'est pas une guerre mais une opération militaire de maintien de la paix qui consistera à bombarder les installations nucléaires iraniennes.

Les mini-nukes sont-elles sans danger pour les populations civiles ?

L'opération militaire prévoit le recours préventif aux armes nucléaires tactiques. Le projet militaire repose sur la doctrine de la guerre nucléaire "préventive" de l'Administration Bush exposée dans la Nuclear Posture Review de 2002.

On a recouru à une large désinformation médiatique afin de dissimuler les conséquences dévastatrices d'une utilisation d'ogives nucléaires contre l'Iran, si bien que le fait que ces "frappes chirurgicales" soient effectuées avec des armes nucléaires ne fait actuellement l'objet d'aucun débat.
Depuis la décision du Sénat américain en 2003, les armes nucléaires tactiques (low-yield mini-nukes = mini-bombes nucléaires de faible puissance) de nouvelle génération sont considérées comme "sans danger pour les populations civiles" parce qu'elles explosent sous terre.

Grâce à une campagne de propagande soutenue par de soi-disant spécialistes du nucléaire, on présente les mini-nukes comme des instruments de paix et non de guerre. On en autorise l'emploi sur les champs de bataille. On prévoit de les utiliser dans la prochaine étape de la guerre américaine "contre le terrorisme" parallèlement aux armes classiques.

L'administration américaine pense que les mini-nukes sont plus efficaces, en tant que moyen de dissuasion, que les armes nucléaires classiques à l'égard des "états voyous" (Iran, Corée du Nord).

Ces armes nucléaires sont présentées comme un moyen de maintenir la paix et d'éviter les dommages collatéraux, alors que la puissance explosive de chaque mini-nuke représente le tiers de celle de la bombe d'Hiroshima, sans compter les retombées radioactives potentielles.

La nouvelle définition de l'ogive nucléaire a estompé la différence entre arme classique et arme nucléaire : Selon Hans Kristensen, du Nuclear Information Project, « l'arme nucléaire cesse d'appartenir à une catégorie à part, celle d'une arme de dernier recours, pour n'être plus qu'un outil parmi d'autres. »

Nous nous trouvons donc à un tournant extraordinairement dangereux de notre histoire, car la communauté internationale a désormais entériné le principe d'une guerre nucléaire au nom de la paix dans le monde.

Pourtant, chaque bombe nucléaire, quelle qu'elle soit, représente un holocauste potentiel: elle peut tuer, détruire des villes, anéantir des peuples entiers.

Unité de commandement pour des attaques sur Terre et dans l'espace

Une attaque préventive avec des armes nucléaires tactiques serait coordonnée par l'US Strategic Command et l'Offutt Air Force Base au Nebraska en collaboration avec des unités de commandement des États-Unis et de la coalition du golfe Persique, de la base militaire de Diego Garcia, d'Israël et de la Turquie.
L'US Strategic Command a pour mandat de superviser un "plan d'attaque global" qui prévoit à la fois l'utilisation d'armes classiques et d'armes nucléaires.

Comble d'ironie : en juin 2005, au début des préparatifs de guerre contre l'Iran, l'US Strategic Command a été défini comme étant "le premier commandement de l'intégration et de la synchronisation des efforts du Ministère de la Défense en vue de la lutte contre les armes de destruction massive" !

Pour accomplir cette tâche, une toute nouvelle unité de commandement a été créée, la Joint Functional Component Command Space and Global Strike (JFCCSGS). Elle a pour mission de superviser le déclenchement d'une attaque nucléaire conformément à la Nuclear Posture Review (NPR) adoptée par le Congrès en 2002. Celle-ci prévoit la possibilité d'une utilisation préventive d'ogives nucléaires non seulement contre les "états voyous" mais contre la Russie et la Chine.

Le 18 novembre 2005, le chargé de communication de l'US Strategic Command a annoncé que la nouvelle unité (le JFCCSGS) remplissait officiellement les conditions nécessaires pour pouvoir se dire opérationnelle. Une semaine avant cette annonce, l'unité achevait un exercice de poste de commandement baptisé "Global Lightning".

«Les performances de l'unité durant l'exercice Global Lightning ont montré qu'elle était prête à réaliser sa mission consistant à prouver ses capacités de frappe intégrée dans le monde et dans l'espace, afin de dissuader les agresseurs et, si l'ordre en est donné, de vaincre l'adversaire au moyen de mesures globales communes visant à appuyer l'US Strategic Command de manière décisive», a-t-il ajouté sans donner de détails sur les "prochaines missions" de cette unité de commandement qui compte environ 250 personnes.

Des spécialistes du nucléaire et des sources gouvernementales ont précisé que l'une de ses principales missions serait de "mettre en oeuvre la stratégie nucléaire visant à attaquer des états voyous avec des armes de destruction massive".

Concept plan (CONPLAN) 8022

Le travail du JFCCSGS est dans un état de préparation avancé en ce qui concerne le déclenchement d'attaques visant l'Iran ou la Corée du Nord. La mise en oeuvre opérationnelle d'une attaque globale est appelée Concept Plan (CONPLAN). Le Concept Plan est décrit comme "un plan concret que la marine et l'armée de l'air traduisent en attaques coordonnées de leurs sous-marins et de leurs bombardiers." Il est également présenté comme "le plan général des scénarios stratégiques préparés qui impliquent l'usage d'armes nucléaires".

La mission du JFCCSGS est de mettre en oeuvre le CONPLAN 8022, dirigé contre l'Iran, c'est-à-dire de déclencher une guerre nucléaire contre l'Iran. Le Commandant en chef des Forces armées, en l'occurrence George W. Bush, chargerait le Secrétaire à la Défense qui, à son tour, chargerait les chefs d'état-major des trois armées de l'activer.

Le rôle d'Israël

Depuis la fin de 2004, Israël stocke des armes classiques et nucléaires "made in USA" en prévision d'une attaque contre l'Iran. Ce stockage, financé par l'aide militaire américaine, était quasi-terminé en juin 2005.

Israël a reçu des États-Unis plusieurs milliers "d'armes intelligentes" pouvant être lancées depuis des avions, dont quelque 500 bombes anti-bunker qui peuvent également être utilisées comme vecteurs de bombes nucléaires tactiques.

La bombe B61-11 est la "version nucléaire" de la BLU 113 classique. Elle peut être lancée à peu près de la même manière que les bombes anti-bunker classiques. En outre, comme on l'a appris à la fin de 2003, des sous-marins Dolphin israéliens équipés de missiles Harpoon américains armés d'ogives nucléaires sont actuellement dirigés vers l'Iran.

Extension de la guerre

L'Iran a confirmé qu'il riposterait s'il était attaqué en lançant des missiles balistiques sur Israël (CNN, février 2005). Ces attaques pourraient aussi viser des installations militaires américaines en Irak et dans le golfe Persique, ce qui conduirait immédiatement à un scénario d'escalade militaire et à une guerre totale.

La participation de la Turquie à l'opération militaire américano-israélienne résulte d'un accord conclu l'année dernière entre Ankara et Tel-Aviv. Plus récemment, Téhéran a renforcé sa défense aérienne en achetant 29 systèmes anti-aériens russes Tor M-1. En octobre dernier, avec la collaboration de Moscou, une fusée russe a placé en orbite un satellite espion, le Sinah-1.
Le Sinah-1 n'est que le premier de plusieurs satellites iraniens qui doivent être mis en orbite par les Russes au cours des prochains mois. Ainsi, l'Iran possédera bientôt un réseau de satellites constituant un système de préalerte en cas d'attaque israélienne, bien qu'il s'agisse là de peu de chose en regard des puissants espions aériens israéliens et américains capables de détecter les moindres mouvements de la barbe des mullahs de Téhéran. De plus, selon le Sunday Times, la Russie a signé à la fin du mois dernier un contrat d'un milliard de dollars portant sur la vente à l'Iran d'un système de défense moderne capable de détruire des missiles guidés et des bombes guidées au laser. Il sera opérationnel au cours des prochains mois.

Guerre terrestre

Bien que le CONPLAN n'envisage pas une guerre terrestre, les bombardements aériens pourraient y mener. Des troupes iraniennes pourraient passer la frontière avec l'Irak et s'opposer aux forces de la coalition en Irak. Des troupes israéliennes et/ou des forces spéciales pourraient entrer au Liban et en Syrie. Actuellement, Israël prévoit d'effectuer des exercices militaires et de déployer des forces spéciales dans les régions montagneuses de Turquie qui jouxtent l'Iran et la Syrie, cela avec la collaboration du gouvernement d'Ankara.

La presse arabe a publié divers articles indiquant qu'Ankara est disposé, du moins en principe, à engager des négociations sur la mise à disposition de ses espaces terrestre et aérien pour des opérations dirigées contre l'Iran.

Conséquences

Les conséquences de tout cela sont effrayantes.

L'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Nord sont parvenues à un consensus concernant des attaques aériennes au moyen d'armes nucléaires tactiques sans prendre en compte leurs effets dévastateurs. En fait, la "communauté internationale" a tout simplement accepté l'éventualité d'un holocauste nucléaire.

Cette aventure militaire motivée par la recherche du profit est une menace pour l'avenir de l'humanité. Ce qu'il faut dans les mois qui viennent, c'est un grand mouvement, national et international, qui brise la conspiration du silence, qui reconnaisse les dangers, qui mette ce projet de guerre au centre des débats politiques et de l'attention des médias, à tous les niveaux, qui exige des chefs politiques et militaires qu'ils prennent position contre cette guerre nucléaire patronnée par les États-Unis. En dernière analyse, ce qu'il faut, c'est de lourdes sanctions internationales à l'encontre des États-Unis et d'Israël. »

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