Le chant du cygne de l'OTAN

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Le chant du cygne de l'OTAN
 

Par Mike Whitney, le 13 février 2008


​​​​C'était censé être une « bonne guerre, » une guerre contre le terrorisme, une guerre de libération. Elle devait braquer les yeux du monde sur l'armement avant-gardiste des États-Unis, sur ses troupes d'élite et son écrasante puissance de feu. Elle était censée démontrer, une fois pour toutes, que la seule superpuissance mondiale ne peut plus être battue, que l'on ne peut lui résister, et que Washington pourrait déployer ses troupes partout dans le monde et écraser à volonté ses adversaires.


​​​​Ensuite, tout a dérapé. La guerre s'est écartée du scénario du Pentagone. Les Taliban ont battu en retraite, attendu, se sont regroupés, et ont riposté. Ils ont engagé le soutien pachtoune et les chefs tribaux, qui pouvaient voir que jamais les États-Unis n'honoreraient leurs engagements, que l'ordre ne serait jamais rétabli. L'Opération Enduring Freedom (liberté immuable) n'a apporté ni paix ni prospérité, juste l'occupation. Sept années ont passé et l'Afghanistan est toujours gouverné par les seigneurs de guerre et les marchands de drogue. Rien ne s'est amélioré. Le pays est un foutoir et son gouvernement une imposture. L'humiliation de l'occupation étrangère persiste tandis que la tuerie continue sans perspective de fin.


​​​​La guerre n'est pas de la politique étrangère. C'est du carnage. Sept ans plus tard, c'est toujours l'hécatombe. Les Talibans ont pris le contrôle de plus de la moitié de l'Afghanistan. Ils ont mené des opérations militaires dans la capitale, Kaboul. Ils sont établis à Logar, Wardak, Ghazni et ils contrôlent de vastes étendues territoriales à Zabul, Helmand, Kandahar et Urzgan. Maintenant, ils s'apprêtent à accélérer les opérations et à monter une offensive de printemps, ce qui signifie que la violence ne fera que s'intensifier.


​​​​L'approche des Talibans est méthodique et délibérée. Ils ont démontré pouvoir survivre aux plus dures conditions et obtenir des victoires tactiques contre un ennemi mieux équipé. Ils sont très motivés et pensent que leur cause est juste. Après tout, ils ne combattent pas pour occuper une nation étrangère, ils luttent pour défendre leur propre pays. Ça renforce leur détermination et maintient élevé leur moral. Quand l'OTAN et les troupes étasuniennes quitteront l'Afghanistan, les Talibans resteront, tout comme ils l'ont fait il y a 20 ans, quand les Russes sont parti. Aucune différence. L'occupation étasunienne sera juste une autre annotation dans l'histoire tragique du pays.


​​​​Les États-Unis n'ont rien gagner de leur invasion de l'Afghanistan. Leurs troupes ne contrôlent même pas un pouce carré de terre afghane. À l'instant où un soldat lève les talons, le terrain revient à la population autochtone. Ça ne changera probablement pas non plus. Le général Dan McNeill a récemment déclaré que, « Si les militaires étasuniens suivaient leur propre doctrine contre-insurectionnelle, les États-Unis auraient besoin de 400.000 troupiers pour vaincre la résistance tribale pachtoune en Afghanistan. » Actuellement, les États-Unis et l'OTAN n'ont que 66.000 hommes sur le terrain, et les alliés refusent d'en envoyer d'autres. Sur le plan purement logistique, la victoire est impossible.


​​​​La bataille pour les cœurs et les esprits a, elle aussi, été perdue. Une déclaration de l'Association Révolutionnaire des Femmes Afghanes (RAWA) résume ça ainsi :

​​​​La réintroduction de l'Alliance du Nord au pouvoir a réduit à néant les espoirs de notre peuple à la liberté et à la prospérité, et a prouvé que, pour l'administration Bush, vaincre le terrorisme n'a pas du tout de signification.... Les États-Unis ne veulent pas la défaite des Talibans et d'Al-Qaïda, car, dès lors, ils n'auraient aucune excuse pour rester en Afghanistan et pour accomplir leurs objectifs économiques et stratégiques dans la région... Après sept ans, il n'y a ni paix, ni droits de l'homme, ni démocratie, ni reconstruction en Afghanistan. La misère et la souffrances de notre peuple augmente chaque jour. ... Nous croyons que, si les troupes quittaient l'Afghanistan, notre peuple deviendrait plus libre et sortirait de sa perplexité et de ses doutes... La liberté de l'Afghanistan ne peut être obtenue que par peuple afghan lui-même. Compter sur un ennemi pour vaincre l'autre est une mauvaise politique, qui a seulement renforcé la poigne de l'Alliance du Nord et de ses maîtres sur le cou de notre nation. (RAWA www.rawa.org)

​​​​Petit à petit, les Alliés verrons que la guerre de Bush ne peut être gagnée et que poursuivre les combats est contre-productif. Il n'y a pas de solution militaire au conflit afghan et les objectifs politiques deviennent tout le temps obscurs. Ça ne fait qu'ajouter au sentiment de frustration croissant.


​​​​Récemment, Robert Gates, le Ministre de la Défense, a essayé d'enjôler ses alliés pour qu'ils expédient plus de troupes combattre dans le sud du pays, mais il a rencontré une vive résistance. Il a dit :

​​​​Je suis préoccupé parce que beaucoup de gens sur ce continent ne peuvent comprendre l'ampleur de la menace directe à la sécurité européenne. Nous ne devons pas devenir une alliance à deux niveaux, avec ceux qui sont prêts à se battre et ceux qui ne le sont pas. Ce genre d'évolution, avec toutes ses implications pour la sécurité commune, aurait pour effet de détruire l'alliance.

​​​​Mais le soutien à la guerre décline en Europe. C'est la guerre des États-Unis, pas la leur. Les Européens n'ont pas besoin d'occuper des pays étrangers pour satisfaire à leurs besoins énergétiques. Leurs pays sont prospères et ils peuvent se permettre d'acheter du carburant sur le marché libre. Seuls les États-Unis veulent la guerre. Ça fait partie d'une « grande stratégie » de géopolitique pour envoyer la puissance étasunienne dans la région afin de contrôler ses ressources. Jusqu'à présent, rien n'indique que ce projet réussira.


​​​​L'Allemagne est la troisième plus grande économie mondiale. Au cours des dernières années, elle a renforcé ses liens avec la Russie, et passé des accords qui satisferont pour longtemps ses besoins en énergie. Mais, son implication en Afghanistan pèse sur ses relations avec Moscou. Poutine pense que les États-Unis se servent de la guerre pour s'enraciner en Asie Centrale afin de pouvoir contrôler les couloirs de pipelines de la Caspienne et encercler la Russie et la Chine de bases militaires. Bien entendu, Poutine aimerait convaincre la Chancelière allemande Angela Merkel de retirer ses troupes d'Afghanistan, il pourrait ainsi frapper un grand coup contre les États-Unis, les meneurs de l'alliance.


​​​​Par la suite, les dirigeants allemands comprendront que leur stupidité de contrarier les gens qui leur fournissent de l'énergie (Russie) est uniquement propice aux aventures de Washington. Quand l'Allemagne se retirera de l'Afghanistan, l'OTAN se dissoudra, de nouvelles coalitions se formeront, et l'alliance transatlantique tombera en pièces. Les fissures sont déjà visibles.


​​​​Bush a dit que la guerre en Afghanistan devait continuer pour que ce pays ne devienne pas un refuge pour les drogues, le terrorisme et le crime organisé. Il dit que nous luttons contre la « pernicieuse idéologie de l'extrémisme islamique, qui menace de devenir un mouvement mondial. »


​​​​Mais les Taliban et les tribus pachtounes voient ça autrement. Ils considèrent ce conflit comme une guerre d'agression impériale, qui n'a fait qu'ajouter aux souffrances de leur peuple. Un récent rapport de l'Human Development Fund des Nations Unies semble appuyer ce point de vue. Il montre que l'Afghanistan a rétrogradé dans chaque catégorie. L'espérance de vie moyenne a baissé, la malnutrition est en hausse, l'alphabétisation a chuté, et plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Des centaines de milliers de gens ont été déplacés dans le pays par la guerre.


​​​​L'Afghanistan produit aujourd'hui 90% de l'opium mondial, plus que tout autre pays. La prospérité du commerce des drogues est le résultat direct de l'invasion étasunienne. Daobeuliou a créé la plus grande narco-colonie du monde. Est-ce sa victoire ?


​​​​Actuellement, il n'est pas prévu d'éliminer les seigneurs de guerre ni d'améliorer la vie des Afghans ordinaires. La reconstruction est paralysée. Si les États-Unis restent en Afghanistan, dans dix ans la situation sera pareille qu'aujourd'hui. Seulement d'autres gens mourront inutilement. À présent, la plupart des Afghans comprennent que la promesse de démocratie est un mensonge. L'unique chose apportée par l'occupation est davantage d'extrême pauvreté et de violence gratuite.


​​​​Il n'y a pas de plan de sauvegarde pour l'Afghanistan. En fait, il n'y a pas de plan du tout. L'administration pensait que les Talibans reconnaîtraient la haute technologie étasunienne, les armes à guidage laser, et s'enfuiraient dans les collines. Ils l'ont fait. Maintenant ils reviennent. Et nous sommes à présent entraînés dans une guerre ingagnable contre un ennemi tenace qui se renforce jour après jour.


​​​​Par la suite, les Européens verront la futilité de la guerre et partiront. Et ce sera la fin de l'OTAN.



Original : http://www.smirkingchimp.com/thread/12822
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info


Samedi 16 Février 2008
Mike Whitney

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