Le Taser vendu à domicile, façon "Tupperware"

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AP Par Chris Kahn AP - il y a 2 heures 58 minutes

GILBERT, Arizona - Dana Shafman confie à quelques nouvelles amies sa crainte de se faire agresser chez elle la nuit, avant de vanter les mérites du pistolet électrique Taser, de couleur rose, posé sur la table basse du salon. Cette célibataire américaine de 34 ans est venue vendre l'arme dans cette réunion, organisée sur le modèle de la légendaire "réunion Tupperware".

 

Le Taser, capable de paralyser pendant quelques secondes une personne grâce à une décharge électrique pouvant atteindre 50.000 volts, a été d'abord utilisé par les forces de l'ordre, dans 43 pays aujourd'hui. Mais la société a aussi développé un modèle destiné au grand public, le C2 "personal protector", que Dana Shafman vend dans des réunions à domicile.

Ce jour-là, dans le salon d'une habitante de Gilbert dans l'Arizona, elle raconte sous le regard approbateur d'une petite dizaine de femmes qu'elle avait l'habitude de fourrer un couteau sous son oreiller. Puis elle présente sa solution, une petite arme de la forme d'un gros rasoir électrique, censée neutraliser un agresseur à 4,5m et présentée par son fabricant comme non mortelle.

En un rien de temps, les participantes font la queue dans le couloir pour essayer l'arme, sur une cible en métal. "Allez, tire-lui dessus!", incite la vendeuse au milieu des gloussements.

La vendeuse, travailleuse indépendante, avait commencé par le classique porte-à-porte pour vendre le Taser, mais des années de mauvaise presse sur les dangers de l'objet rendait le défi délicat. "Personne ne veut acheter un produit quand on croit qu'il peut tuer quelqu'un", reconnaît-elle.

Il faut dire que, selon Amnesty international, 70 personnes sont mortes après avoir été "tasées" par la police aux Etats-Unis. Et au Canada, la police a été officiellement invitée à restreindre l'usage du Taser après un 18e décès en octobre dernier, quand un immigrant polonais était mort après avoir reçu deux décharges de Taser à l'aéroport international de Vancouver.

Dana a donc choisi le démarchage de proximité pour rassurer ses clientes. Les femmes, assure-t-elle, sont ravies de pouvoir le glisser dans leur sac à main et le préfèrent en rose. L'objet, vendu aussi en bleu ou en léopard, coûte 349,99 dollars (238 euros) et la vendeuse assure en avoir vendu trente par mois depuis sa première "réunion Taser" le 15 octobre.

La société Taser ne prévoit pas de généraliser cette méthode de vente, mais se dit intéressée. "Quand je parle du Taser, j'ai l'air d'un vendeur, mais quand vous l'entendez elle, ça sonne vrai", admire Steve Tuttle, chargé de la communication de la société.

De son côté, Amnesty international regrette la vente des Taser aux particuliers, mettant en garde contre les excès et l'utilisation de cette arme dans le cadre de violences domestiques. "Je préférerais me faire attaquer par un Taser" plutôt qu'avec un couteau ou une arme à feu, rétorque tranquillement Mme Shafman.

En France, la police et la gendarmerie sont équipées de Taser et leur utilisation par les policiers municipaux est à l'étude. La société SMP technologies commercialise le modèle C2 pour les particuliers, affirmant qu'il est libre d'utilisation. L'appareil est vendu 650 euros, avec l'obligation pour l'acheteur de visionner un DVD de formation avant d'être autorisé à utiliser l'arme. AP

 

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