Un satellite espion américain va bientôt s'écraser

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Marc Mennessier
29/01/2008 | Mise à jour : 07:24 |
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Les conséquences de l'impact attendu dans les prochaines semaines devraient rester limitées.

Un satellite espion américain, victime d'une défaillance, devrait retomber sur Terre d'ici «à fin février ou début mars». La nouvelle, qui suscite un certain émoi, a été confirmée à plusieurs reprises ces derniers jours par le département de la Défense. Mais, jusqu'à lundi soir, aucune information n'avait filtré tant sur l'identité de ce satellite, couvert par le secret militaire, que sur la présence éventuelle de substances toxiques ou radioac­tives susceptibles de contaminer l'en­­vironnement.

Les autorités américaines se sont également abstenues de donner une estimation plus précise de la date à laquelle le satellite décrochera de son orbite ou de la zone géographique concernée par l'impact. «On peut seulement dire qu'il s'agit d'un gros objet d'une masse de 9 à 10 tonnes dont nous suivons la trace sur nos écrans radars», confiait, lundi, au Figaro, Marc Pircher, le directeur du centre spatial de Toulouse (CNES). Ce spécialiste exclut néanmoins qu'il s'agisse du satellite de Lockheed Martin, perdu juste après son lancement en 2006, comme le suggère le New York Times. «Si c'était le cas, on verrait encore le dernier étage de la fusée à proximité. Or, le satellite étant isolé, son lancement est bien plus ancien.»

Chaque année, plusieurs satellites avariés ou en fin de vie retombent sur Terre, le plus souvent sans conséquences. «Depuis 50 ans, plus de 17 000 de ces objets sont rentrés dans l'atmosphère», soulignait lundi un porte-parole du Pentagone.

Le frottement à grande vitesse sur les couches denses de l'at­mosphère les réduit en cendres et les agences spatiales calculent leur trajectoire de manière à ce que la rentrée se produise au-dessus d'un océan ou de terres inhabitées.

 

Moteur nucléaire

L'opération n'est toutefois pas totalement exempte de risques. Certaines pièces en acier, en céramique ou en titane peuvent en effet ne pas brûler entièrement et provoquer des dégâts limités lors de l'impact. En outre, certains satellites sont propulsés par des moteurs nucléaires au plutonium ou à l'uranium enrichi, laissant craindre de possibles retombées radioactives comme cela s'est déjà produit.

En janvier 1978, le satellite espion soviétique Cosmos 954 s'était écrasé près du lac des Esclaves dans le Grand Nord ca­nadien où plusieurs débris furent retrouvés. Cinq ans plus tard, l'un de ses successeurs (Cosmos 1402) se désintégrait dans l'atmosphère au-dessus de l'océan Indien, mais des traces de son plutonium furent détectées jusque dans la neige tombée en Arkansas (États-Unis)…

Marc Pilcher doute cependant que l'actuel satellite en perdition soit doté d'une pile atomique. «La propulsion nucléaire ne permet pas de réaliser les corrections d'orbite fréquentes et rapides opérées sur ce type de satellites qui sont généralement équipés de moteurs à ergols d'un maniement plus souple.» Parmi les carburants utilisés, l'hydrazine est une substance hautement toxique, mais très sensible à la chaleur. Du coup, elle se dégrade lors de la rentrée atmosphérique.

Les États-Unis «envisagent tou­tes les options pour pallier d'éventuels dégâts» a assuré ce week-end un porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison-Blanche. Reste à savoir s'ils pourront ­garder le secret encore très longtemps.

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