Société générale : Jérôme Kerviel est innocent

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Société générale : Jérôme Kerviel est innocent
 

Jérôme Kerviel est innocent.

D’abord parce que tout citoyen est, en France, présumé innocent jusqu’à ce qu’un tribunal le condamne...

Mais pas seulement.

Cette affaire sentait mauvais. On le pressentait. On l’écrivait... chez Diner’s Room... sur Betapolitique...

Petit rappel des faits. Lundi dernier, les bourses mondiales sont secouées par un krach attendu depuis longtemps, qui ne se calmera qu’après que la Banque centrale américaine ait accepté de baisser ses taux.

Mercredi soir, la Société Générale annonce, devant la planète entière stupéfaite une perte de 7 milliards d’euros, 2 milliards étant causés par la crise dite des "subprimes" et 5 milliards liés à la fraude massive et isolée d’un jeune trader.

Jeudi, la France et l’Europe ne parlent que de ce vol. Fillon en parle depuis Davos , Sarkozy semble l’avoir découvert en Conseil des ministres. Tout le monde croit voir un nouvel Arsène Lupin en la personne du trader "de génie". Pour faire un bon mot, Claude Askolovitch, sur I-télévision, dit que quand le jeune homme sortira de prison, il est prêt à lui accorder la main de sa fille.

Rapidement, la culpabilité du jeune homme, annoncé en fuite, ne fait plus de doute. On s’interroge doctement sur ses complicités (il n’en n’a pas), sur les failles de sécurité dans la Banque (il n’y en a pas), sur la responsabilité de M. Bouton, PDG de la Société générale (il décide de se priver de six mois de salaires).

Samedi, les lecteurs attentifs d’Internet et de la presse trouvent quelques phrases bizarres. Le jeune homme fait savoir par son avocat qu’il n’est pas en fuite, mais en France, et que sa mère l’a rejoint. Le Monde signale, en passant, que la baisse des taux de la Fed serait liée à cette affaire. On apprend que Kerviel est inculpé de "faux et usages de faux" et non de vol. Il est d’ailleurs placé en garde à vue. On entend ici et là qu’il n’y aurait pas enrichissement personnel. On lit, ici ou là, rarement, que la perte aurait été d’un milliard et que les 5 milliards proviendraient de la vente d’actifs incertains en pleine tempête boursière... On commence à s’interroger sur la simultanéité des deux annonces (Kerviel et les subprimes)... Bref, la bouteille à l’encre.

Aujourd’hui, par le biais de son avocat, Jérôme Kerviel commence à donner une version plus réaliste. On peut la lire ici, dans la dépêche AFP. Ce jeune trader n’a pas volé. « Le trader "n’a pas agi à son profit direct et personnel" dans cette affaire qui a provoqué une perte de 4,9 milliards d’euros pour la Société générale, a indiqué le procureur, Jean-Claude Marin. » Il a tenté pour le compte de sa banque des exploits invraissemblable et a contourné les systèmes de sécurité pour que ses ordres puissent passer.

Il faut savoir quand même que les banques, de nos jours, passent leur journée à jouer à de drôles de jeux d’argent. Que pour 1000 barrils de pétroles achetés sur les bourses, il n’y en n’a pas même 50 dans les pétroliers, le reste est fictif. On parie que telle action va baisser, on parie qu’elle va monter. On achète à la baisse, on vend à terme, on joue avec des produits dérivés ou avec les dérivés de produits dérivés.

Les "traders" ou "arbitragistes" en charge de ces achats et de ces ventes (les ex "golden boys") carburent pour beaucoup d’entre eux à la coke (pas tous, pas tous), vivent sous adrénaline (tous), brassent des sommes qui défient l’imagination. Ils sont tous en tension permanente, comme un skieur de géant qui skierait pendant dix ans. Ils touchent des salaires colossaux, qui défient l’imagination, puis on les jette comme des citrons, essorés, inutiles, mais riches, très riches.

Jérôme Kerviel a joué avec le feu. Il a désobéi aux consignes de sécurité. Il a consenti des investissements incertains. Il a dissimulé certaines prises de risque. C’est sans doute une faute lourde, qui justifie peut-être le licenciement. Mais ce n’est pas Arsène Lupin. Il voulait faire gagner beaucoup à son employeur et toucher la prime. Les verrous de sécurité n’ont pas fonctionné. Les a-t-ils brisés ? On ne sait pas. On nous crie aujourd’hui que c’est le cas. Mais cela fait une semaine qu’on nous balade.

Mais quoi qu’il ait fait, n’est-ce pas ce système entier qui est complètement fou ? Qui peut laisser un jeune homme de 31 ans acheter pour 1 milliards d’euros de trucs qui n’existent pas "mais ce n’est pas grave parce qu’on les revendra avant d’avoir besoin de les payer" ? Quelle société peut accepter que se créent et de défassent des fortunes de papier qui ne correspondent plus en rien au travail humain, aux consommations, à ce qui a de la valeur ?

Oui, Jérôme Kerviel est le lampiste de service, dans cette affaire. Il serait temps de repenser de fond en comble le pouvoir de la finance dans notre drôle de civilisation.

Est-ce ça une politique de civilisation ?

Pourquoi pas ?


Lundi 28 Janvier 2008

Publié dans Scandales économiques

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