Société générale : la riposte des avocats du trader

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Cyrille Louis
28/01/2008 | Mise à jour : 11:02 |
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Les explications «intéressantes» du trader à la brigade financière accroissent le doute sur la version officielle.

Après plusieurs jours de silence, les avocats de Jérôme Kerviel ont lancé hier soir leur contre-attaque.M es Christian Charrière-Bournazel et Elisabeth Meyer, qui ont pu s'entretenir avec leur client à la vingtième heure de sa garde à vue, affirment que le jeune trader «n'a commis aucune malhonnêteté, n'a pas détourné un seul centime, n'a profité d'aucune manière des biens de la banque». De surcroît, ils accusent la Société générale de vouloir « élever un écran de fumée qui détournerait l'attention du public de pertes beaucoup plus substantielles qu'elle a accumulées ces derniers mois» . Enfin, ils dénoncent «les conditions volontairement précipitées et tout à fait anormales» dans lesquelles la banque «a liquidé des positions (50 milliards d'euros, NDLR) qui auraient pu se redresser avec le temps».

De leur côté, les enquêteurs de la brigade financière de la Préfecture de police de Paris ont travaillé tout le week-end pour tenter de déterminer si les 5 milliards de pertes déclarés par la Société générale sont bien imputables aux opérations litigieuses effectuées par Jérôme Kerviel. «Il est en effet permis de se demander si la banque n'a pas donné à ce garçon plus d'importance qu'il n'en a réellement, reconnaissait hier soir un haut responsable policier. Or seules les expertises du matériel saisi à son domicile et à son bureau permettront de préciser son degré d'implication.» Kerviel, qui doit être déféré ce matin, pourrait selon une source judiciaire être mis en examen pour «faux et usage de faux», «délit informatique» et peut-être «tentative d'escroquerie  ».

En attendant, le jeune trader, qui s'était spontanément présenté à la police samedi, a vu sa garde à vue prolongée hier en milieu de journée pour 24 heures. Selon le chef de la section financière du parquet de Paris, Jean-Michel Aldebert, Jérôme Kerviel a «accepté de s'expliquer sur la plainte déposée contre lui par la Société générale» , apportant «des éléments très intéressants» .

«Au cours des premiers interrogatoires, il a expliqué qu'il n'a rien fait d'autre que travailler pour son employeur en cherchant à réaliser des profits ce dont il dit s'honorer aujourd'hui encore, confie au Figaro une source proche du dossier. Pour ce faire, il admet avoir “bricolé” en allant au-delà de ce qu'il était autorisé à faire. En revanche, il conteste toute intention frauduleuse et jure qu'il n'a pas effectué de malversation à son profit. Au passage, il se flatte d'avoir précédemment été à l'origine de jolis succès. Selon lui, ses positions affichaient un solde bénéficiaire de 1,4 milliard à la fin 2007.» Devant les policiers, Kerviel aurait précisé avoir pris des positions à long terme qu'il entendait solder au premier semestre. En conséquence, il aurait jugé qu'il n'était pas opportun de les vendre dans l'urgence comme cela a été fait en début de semaine dernière. «En clair, il estime qu'on lui fait porter un chapeau un peu large pour lui» , décrypte un policier.

En fin de semaine, déjà, le parquet de Paris avait pris ses distances avec les accusations formulées par la Société générale : «Avant même que l'enquête policière ait démarré, le coupable est déjà désigné. Il faudra voir ce qu'il y a dans le dossier.»

Depuis la mise au jour, mercredi, du sinistre, la banque n'a cessé d'accuser Jérôme Kerviel, évoquant une «fraude» qui aurait démarré «par de petites transactions, fin 2006-début 2007» . Hier, elle est en outre revenue sur l'intervention éventuelle d'autres employés, expliquant : «Je ne peux pas vous assurer à 100 % qu'il n'a pas eu de complicité, mais à ce stade rien ne permet de penser qu'il a bénéficié de complicités tant internes qu'externes.» Quoi qu'il en soit, devant les policiers, Kerviel n'aurait à ce stade mis en cause aucun de ses collègues de travail.

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