Quand milieu et barbouzes voulaient le Cercle Concorde

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Mathieu Delahousse, envoyé spécial à Marseille
17/01/2008 | Mise à jour : 08:25 |
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Un bras de fer pour la maîtrise du lucratif Cercle Concorde opposait le clan d'Edmond Raffali, grande figure du
Un bras de fer pour la maîtrise du lucratif Cercle Concorde opposait le clan d'Edmond Raffali, grande figure du

Tandis que l'ex-gendarme Paul Barril et le banquier François Rouge sont confrontés aujourd'hui à Marseille, «Le Figaro  retrace la guerre des clans pour le contrôle de ce salon de jeu.

La galerie de portraits des treize hommes incarcérés dans le cadre de l'affaire du Cercle Concorde résume à elle seule l'ampleur de l'enquête judiciaire entamée il y a un an et demi. «Je n'avais vu cela, affirme une figure du barreau marseillais. Dans le même dossier se re­trouvent des personnages de la haute finance, du grand bandi­tisme et des milieux politico-barbouzards.»

Ce matin, au palais de justice de Marseille, doivent ainsi se re­trouver successivement pour des confrontations inédites Paul Barril, l'ancien numéro deux du GIGN, Olivier Bazin, spécialiste de l'Afrique surnommé «le colonel », et François Rouge, un banquier ­suisse, homme clé du dossier.

Tous les trois sont mis en examen pour «association de malfaiteurs dans l'intention de commettre assassinats, extorsion de fonds et corruption ». Ils ont été placés en détention provisoire le mois dernier.

Désormais, le rôle de chacun paraît établi. Au centre du puzzle, on trouve François Rouge. La quarantaine élégante, ce banquier ge­ne­vois était directeur de la Banque de patrimoines privés (BPP). «Ce n'est pas un héritier. C'est un hon­nête homme, inventif, original. Il possède une jolie maison en Provence  », décrit son avocat genevois Marc Bonnant. En 1996, il fait la connaissance de Paul Lantieri, homme d'affaires originaire de Bonifacio et propriétaire de plusieurs restaurants, condamné une seule fois, pour fraude fiscale.

«Ces deux-là sont le nœud de l'affaire», dit un enquêteur. Le premier est témoin de mariage du se­cond. Et ils investissent ensemble. D'abord au restaurant La Rotonde à Aix-en-Provence puis au Cercle Concorde, cercle de jeu parisien géré jusque-là par Edmond Raffali, Corse introduit dans le milieu des jeux parisiens depuis les années 1950.

 

Luttes d'influence sur la scène africaine

François Rouge investit «à titre privé » plus de 7 millions d'euros. En réalité, Paul Lantieri semble rapidement être le véritable bénéficiaire de ces comptes. Il se comporte en véritable «patron» du cercle provoquant de très vives rivalités avec la famille Raffali, censée toucher 15 % des recettes du cercle qui forment un «gros gâteau» de centaines de milliers d'euros par mois.

L'atmosphère tourne à l'orage dès le mois de juin 2007.Le bras de fer qui oppose les deux clans provoque l'entrée en scène d'hommes de main : le clan Raffali est soutenu par «l'équipe de la plaine orientale» où figurent notamment les proches d'Ange-Toussaint Federici, qualifié par la police de «figure montante du banditisme corse» et incarcéré depuis dans le cadre du triple meurtre du Bar des marronniers à Marseille en 2006.

Rouge et Lantieri cherchent quant à eux une assistance musclée du côté de l'ancien gendarme Paul Barril (lire ci-contre). La fin de la partie est sifflée fin novembre par le coup de filet policier.

Que s'est-il passé entre-temps ? Il est désormais établi que c'est sur la scène africaine que se sont nouées de nouvelles luttes d'in­fluence. Au centre de ces épisodes, se trouve «Mario», alias Olivier Bazin.

La quarantaine, celui-là conteste le fait d'être proche des entreprises de sécurité de Paul Barril. Il se présente comme «conducteur de travaux» dans le BTP, mais il est surtout consultant en Afrique. Une note policière affirme qu'il détient des intérêts dans des casinos du Tchad et le qualifie de «proche» de plusieurs dirigeants africains.

Le banquier François Rouge et Olivier Bazin ont des ambitions convergentes faites d'investissements en Afrique. En échange d'une protection armée du Cercle Concorde, le premier aurait donc proposé au second un marché pétrolier en Angola avec la société russe Gunvor.

Début novembre, en pleine bataille parisienne autour du contrôle du Cercle Concorde, Jacques Rouge et Olivier Bazin se rendent d'ailleurs ensemble à Dubaï (Émirats arabes unis) à bord d'un jet privé. Selon les déclarations de Bazin à la police, ils auraient rencontré sur place le président de l'Angola, José Eduardo dos Santos. En échange de ces perspectives économiques, Bazin avait présenté à Rouge un de ses amis qui s'était fait passer pour un policier haut placé supposé intervenir au cercle.

Qui a dupé l'autre ? Les juges Choquet, Duchaine et Tournaire, de la Jirs (Juridiction interré­gionale spécialisée) de Marseille comptent sur les confrontations organisées à partir d'aujourd'hui pour avancer. Des réquisitions bancaires ont également été envoyées vers la Suisse et les comptes de François Rouge.

Paul Lantieri, lui, n'a pas en­core livré sa version des faits. Il est en cavale depuis le 27 novembre. Le même jour, le cercle de jeu parisien, perquisitionné par la police, fermait ses portes.

http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/01/12/01001-20080112ARTFIG00517-quand-milieu-et-barbouzes-voulaient-le-cercle-concorde.php

Publié dans Conspiration

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