Histoire succincte de la National Security Agency

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Objet : Histoire succincte de la National Security Agency
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Histoire succincte de la National Security Agency

(© Jean-Jacques CÉCILE, 11 décembre 2005) - La NSA est l'héritière directe de
l'Armed Forces Security Agency (AFSA) créée en mai 1949 ; investie de
responsabilités limitées, l'AFSA ne contribua cependant en rien à combler les
lacunes constatées en matière de renseignement d'origine électromagnétique
(ROEM, traduction française de l'acronyme anglo-saxon SIGINT pour « Signal
Intelligence »). Elle fut en conséquence rapidement dissoute et remplacée par
un nouvel organisme créé en 1953 sous la dénomination de National Security
Agency ; il fallut cependant attendre 1957 pour que son existence soit
officiellement reconnue. Ce retard fut à l'origine du surnom de la NSA :
l'existence de celle-ci étant niée par les autorités fédérales, la presse la
rebaptisa « No Such Agency », soit littéralement : « une telle agence n'existe
pas ».  A la différence de l'AFSA et en vertu des recommandations édictées par
le Brownell Committee Report, la NSA se vit attribuer un rôle centralisateur.
Sa création fut ultérieurement complétée par la mise sur pied en 1972 du
Central Security Service (CSS) qui prit quant à lui en compte les activités
ROEM des quatre armées (US Army, US Navy, US Air Force et US Marine Corps).
Encore actuellement, le DirNSA (Director, National Security Agency) est
parallèlement investi des responsabilités de chef du CSS et les deux organismes
qu'il dirige sont parfois collectivement désignés par l'acronyme NSA/CSS.  

Dès lors que l'on évoque l'histoire de cette institution qu'est la NSA, Venona
est un nom de code qui saute immédiatement à l'esprit ; initiée dix années
avant que l'agence ne soit créée (elle fut lancée par l'Army Signal
Intelligence Service en 1943), l'opération permit de décrypter au moins
partiellement plus de 2 000 messages dont certains émanaient d'illégaux du KGB
ou du GRU (service de renseignement de l'Armée rouge) installés aux Etats-Unis.
Mais l'opération sans doute la plus spectaculaire menée par la National
Security Agency est très certainement celle passée à la postérité sous le nom
de code Ivy Bells. Il s'agissait en l'occurrence de poser une « bretelle » sur
le câble sous-marin assurant les liaisons téléphoniques entre les bases navales
de Vladivostok et de Petropavlovsk-Kamtchatski, ce qui fut fait par le
sous-marin d'attaque SSN-587 Halibut qui s'aventura à plusieurs reprises en mer
d'Okhotsk que les Soviétiques considéraient comme faisant partie de leurs eaux
territoriales. Le système posé par des plongeurs spécialement entraînés était
capable d'enregistrer et de stocker six à huit semaines de trafic ; les
messages ne nécessitaient même pas d'être décryptés : trop confiants, les
Soviétiques transmettaient la majorité de leurs communications « en clair ».
Tout alla pour le mieux jusqu'en 1981, année au cours de laquelle un dénommé
Robert Pelton vendit la mèche pour la modique somme de 35 000 dollars.  

La NSA fut étroitement impliquée dans l'affaire des missiles de Cuba. Alors que
celle-ci atteignit son point culminant en 1962, l'agence intercepta dès 1960
des communications en langue espagnole émises à partir de bases aériennes
situées en Tchécoslovaquie. Elles étaient le fait de pilotes cubains en cours
de formation sur les bombardiers légers Ilyouchine Il-28 Beagle et chasseurs
MiG-15, MiG-17 ainsi que MiG-19 en instance de livraison. En 1962,
l'interception d'ondes émises par des radars Spoon Rest (renseignement de type
ELINT pour « Electronic Intelligence ») permit de déterminer que les systèmes
de missiles sol-air SA-2 cubains étaient opérationnels. Enfin, ce furent des
informations de type COMINT (« Communication Intelligence », interception des
messages radio) qui révélèrent que les navires soviétiques avaient fait
demi-tour plutôt que de risquer d'affronter les bâtiments américains assurant
le blocus de l'île. Il est à noter que des moyens d'interception maritimes (la
présence du navire SIGINT USS Oxford est attestée à cette époque près des côtes
cubaines) participèrent à l'effort de renseignement électromagnétique
spécifique à cette crise ; or, l'utilisation de navires par le NSA/CSS est une
constante ainsi qu'en témoignent la tragédie relative à la destruction de l'USS
Liberty par des avions israéliens en juin 1967 dans le cadre de la Guerre des
six jours ou encore la capture de l'USS Pueblo et de ses 83 hommes d'équipage
par les Nord-coréens le 23 janvier 1968.  

Au sortir de la Guerre froide, la NSA ronronnait béatement, engoncée qu'elle
était dans ses certitudes la consacrant en tant que locomotive dans le domaine
industriel relatif aux technologies des sciences de l'information. Quelques
restructurations n'en vinrent pas moins bousculer certaines habitudes :
spécialisé en matière d'écoute des transmissions du bloc soviétique, le A
Operations Analysis Group fut dissous. Au cours des années 90, 20 des 42 sites
ROEM mis en oeuvre par la NSA de par le monde furent fermés ; ce fut en
particulier le cas s'agissant des installations situées à San Vito (Italie),
Berlin et Augsbourg (RFA), Chicksands (Grande-Bretagne) ainsi que pour la Field
Station Sinop (Turquie). Les activités de l'agence furent recentrées autour de
Regional SIGINT operations centers (RSOC) qui apparaissent être au nombre de
trois, les différentes sources ne s'accordant cependant pas sur leur
localisation. Les plus fréquemment citées sont Fort Gordon (Géorgie, USA), Bad
Aibling (RFA), Menwith Hill (Grande-Bretagne), Lackland (Texas, USA) et Kunia
(Hawaii, USA). En dix ans donc, les moyens SIGINT mis à la disposition de la
NSA subirent de plein fouet les conséquences induites par l'évolution du
contexte stratégique.

© Jean-Jacques CÉCILE
11 décembre 2005

Publié dans Services secrets

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