La france échappe à un attentat

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Le commandant de bord Dahmoudi n'en revient pas : "On voit ça dans les films, dans les entraînements, mais le vivre, ça n'a rien à voir avec la théorie", répète-t-il, le sourire fatigué d'être devenu un héros malgré lui. Le pilote du Boeing d'Air Mauritanie détourné, jeudi soir 15 février, a vingt-huit ans d'expérience, et c'est peut-être ce qui a sauvé les 71 passagers du vol Nouakchott-Las Palmas.

Tout commence quarante minutes après le décollage. Un pirate de l'air fait irruption dans le cockpit, alors que l'appareil entame sa descente sur Nouadhibou pour une escale. "Tu ne vois pas que le monde est en train de dormir, alors que l'Occident se comporte mal avec les musulmans. On va en France, à Paris", ordonne-t-il, un pistolet chargé dans chaque main.

Mohamed Abderahamane ould Bouheda - selon le nom qui figure sur ses papiers - se dit sahraoui, installé en Mauritanie depuis vingt ans. Une passagère se souvient d'avoir vu un policier lui remettre un porte-documents dans lequel auraient peut-être été glissées les armes, au départ de l'avion, en échange de quelques billets bleus mauritaniens. Informé sur les intentions du pirate, le commandant prévient les passagers et tente de se poser à Dakhla, au Sahara occidental, pour ravitailler l'avion en carburant. Mais, deuxième coup dur, les autorités marocaines hésitent. "Le contact a été coupé d'un coup : j'ai compris que c'était "niet"", raconte Dahmoudi. Les Marocains envisagent même de barricader la piste pour empêcher tout atterrissage. Le ton monte avec le pilote, qui finit par se diriger vers les Canaries, où l'appareil indésirable est accueilli.

SCÉNARIO OSÉ

"Je te connais, toi. Je t'ai déjà vu..." Le commandant tutoie dès le début l'homme aux pistolets, en hassanya, le dialecte arabe mauritanien. Ses mots lui permettent de gagner un point d'ascendant moral sur le pirate, chez qui il sème le doute. L'homme n'en reste pas moins menaçant : " Si les Espagnols s'approchent de l'avion quand on fait le plein, je tue un passager à l'arrière." "Mais si tu sors du cockpit, je quitterai l'avion et tu n'auras plus de pilote ; alors, reste là, on va trouver une solution", répond le commandant, qui croit désormais pouvoir s'en sortir.

Une arme toujours pointée sur sa tempe, il imagine un scénario osé, qu'il communique par radio, en français, à un troisième pilote qui se trouve au fond de l'appareil : atterrir brusquement, comme il sait le faire, freiner en deux temps, pour faire tomber le pirate sous la secousse, et le neutraliser, avec l'aide de plusieurs hommes auxquels il demande de se positionner derrière la porte du cockpit. Le pirate n'a pas compris le message en français, comme Dahmoudi le pressentait, "par chance", dit-il après coup. "Tout a été millimétré : il a basculé, une bagarre a éclaté. J'ai eu le temps de me mettre debout sur les freins, et de neutraliser une arme."

Le pirate de l'air est maîtrisé et ligoté par le reste de l'équipage, qui avait aussi prévu de lui jeter de l'eau chaude. "Il a été roué de coups par les passagers, ils l'ont dépouillé comme un poulet", ajoute le commandant, encore impressionné par la rapidité des événements. Les seuls blessés sont les voyageurs qui ont sauté de l'avion à l'ouverture des portes, avant l'arrivée de la passerelle. Parmi eux, une jeune hôtesse de l'air mauritanienne paniquée, qui s'est exclamée : "Je démissionne ! Je ne savais pas qu'il y avait des armes dans les avions !"

Le Monde

Publié dans Conspiration

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